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Pakistan : Sami ul-Haq, « père des talibans » a été tué ! [+ interview]

Vendredi soir, Sami ul-Haq, surnommé « le père des talibans », a été tué par des inconnus alors qu’il se trouvait à son domicile de Rawalpindi, ville-jumelle de la capitale Islamabad. 

Sami ul-Haq était connu pour avoir des liens étroits avec le mouvement insurgé afghan. De plus, « mollah » Omar, chef des talibans a étudié dans les instituts créées par Sami ul-Haq.

Que savons-nous des attaques qui ont eu lieu vendredi ?

Il n’y a encore aucun rapport clair sur la façon dont il a été tué.

Le fils d’ul-Haq a déclaré que son père avait été poignardé « plusieurs fois » à son domicile.  « Il se reposait dans sa chambre à l’heure d’Asr lorsque son chauffeur-surveillant est parti pendant 15 minutes », a déclaré Hamid ul-Haq, cité par la chaîne de télévision pakistanaise Geo TV. « À son retour, il a retrouvé Maulana Sami ul-Haq mort dans son lit et son corps couvert de sang. »

Dans le même temps, le neveu d’ul-Haq, Mohammad Bilal, a déclaré à Reuters que son oncle avait été retrouvé blessé à coups de couteau et par balle dans sa maison, à la périphérie d’Islamabad. Situation assez floue. 

Jusqu’à présent, aucun groupe n’a revendiqué la responsabilité de l’attaque de vendredi.

Ancien sénateur, Sami ul-Haq dirigeait une faction du parti religieux Jamiat Ulema-e-Islam – et était proche du parti PTI du premier ministre Imran Khan.

Le nouveau bureau de M.Khan a déclaré dans un communiqué qu’il avait condamné le meurtre et avait ordonné l’ouverture d’une enquête. En effet, la mort de Maulana Sami survient à un moment de troubles au Pakistan, où des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes après l’acquittement d’une femme chrétienne condamnée à mort pour blasphème.

Interview de Haroun Najafizada, journaliste de BBC Persan, avec Mowlaoui – publiée le 06 avril 2011

Au cours des années de Jihad, Mollah Omar étudiait à l’école de Mowlaoui Sami ul-Haq.

Mowlaoui Sami ul-Haq dit : seule la négociation directe entre les américains et les rebelles afghans peut être une solution mettant fin à la guerre en Afghanistan.

Des centaines de Moudjahidines et de talibans afghans y compris leur chef, Mollah Mohammad Omar, l’ont eu comme professeur dans son école religieuse nommée : « Dar ul-‘Olum Haqqâniya ».

Par le passé, j’ai réalisé une interview avec le Général Hamid Gul, l’ancien chef de service des renseignements pakistanais au sujet de la situation de l’Afghanistan en l’appelant le « père spirituel des talibans », selon les dires des analystes en géopolitique régionale.

Plus tard, lorsque Naseerullah Babar le ministre de l’intérieur pakistanais est décédé, nous lui avons également attribué le même surnom [le père spirituel des talibans].

Mais, selon les dires, Mowlaoui Sami ul-Haq, fondateur des écoles d’études religieuses pour les Moudjahidines et les talibans afghans était le plus méritant pour ce titre.

Même jusqu’aujourd’hui, son école Haqqâniya a plus de 3000 étudiants religieux et il joue un rôle déterminant dans l’administration et la programmation de plus de 40 000 écoles religieuses qui sont actuellement actives au Pakistan.

Le gouvernement afghan considère la plupart de ces écoles comme étant des pôles d’attraction pour les miliciens et donc a demandé, à plusieurs reprises, leur fermeture.

Dans l’interview que j’ai réalisée avec Mowlaoui Haqqani, je lui ai parlé de toutes ces insatisfactions et inquiétudes:

°A quel point êtes-vous d’accord avec l’attribution du titre « père spirituel » des talibans ? 

-Il est nécessaire de préciser que Dar ul-‘Olum Haqqâniya est une fondation d’enseignement religieux et ne s’implique pas dans la politique et d’autres sujets et elle est exactement comme les centres d’enseignement en Europe et partout dans le monde.

Au cours des 14 ans de Djihad contre l’URSS, les grands commandants des Moudjahidines, se diplômaient au sein de Dar ul-‘Olum Haqqâniya, c’est pourquoi cette école est la cible des critiques.

Et notre lien avec les talibans se résume à une relation spirituelle.

°Comment est votre lien avec Mollah Mohammad Omar ?

-Bien entendu les talibans afghans sont aussi venus étudier dans notre école, dont Mollah Omar. Ce dernier a seulement terminé l’étude de Hadiths et n’a pas pu compléter toutes ses études ici.

Il a aussi étudié à Quetta, puis il a participé dans le djihad contre l’ex-URSS et a, en même temps, fait partie des membres du parti islamique de Mowlaoui Younis Khalis. Mollah Omar n’était qu’un Moudjahid. 

°Vous étiez l’enseignant des talibans, à combien estimez-vous votre niveau d’influence sur eux si vous voudriez les encourager à apporter une contribution à la paix nationale en Afghanistan ?

-Ils ont encore la foi en leur professeur, néanmoins je n’ai pas essayé de voir s’ils m’écoutent ou pas. Ils ont de grands objectifs, mènent un grand combat et ont eu des victimes dans le djihad autrement dit des centaines de martyrs. C’est eux même qui ont déterminé leur objectif et n’ont pas commencé la guerre sur l’ordre de qui que ce soit.

°L’état afghan a créé le Haut Conseil pour négocier la paix avec les talibans. Pensez-vous que cela peut marcher ?

-L’autre partie en conflit n’est pas l’état afghan, mais ce sont les USA qui sont en guerre contre les talibans et leurs alliés. Si eux (les américains et les talibans) dialoguent ensemble, ils trouveront une solution.

°Les talibans croient-ils en le droit de l’homme ?

-Les talibans n’ont opprimé personne et il n’y a que de la mauvaise propagande à leur encontre. L’objectif des USA c’est d’empêcher les talibans de créer un système islamique. C’est tout ce qu’ils veulent.

°Les attentats-suicides des talibans sont-ils permis par la charia ?

-Regardez, l’attentat-suicide c’est une réaction : pour l’éviter, il faut réformer l’action (de départ).

°Croyez-vous que les Kamikazes vont au Paradis ?

-Je vous parle pour le moment en tant qu’homme politique. C’est aux oulémas d’émettre des fatwas au sujet des kamikazes. Même si j’émets une fatwa, ils ne délaisseront pas leur acte, bien entendu je ne suis pas pour les attentats-suicides.

°Beaucoup de gens disent que les écoles religieuses se sont transformées en centres d’accueil et de formation des rebelles, qu’en dites-vous ?

-Nous avons un système de coopération inter-écoles qui couvre toutes les écoles au Pakistan et via lequel nous contrôlons les affaires de toutes les écoles. Jusque présent les gouvernements ne nous ont pas signalé un endroit où l’on trouverait des rebelles en train de se former.

Sources: BBC, Reuters, LaCroix

Ismael Safavi et la Rédaction Shiacity

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