À propos d’un hadith fabriqué : « Sans Fatima, Je ne vous aurais pas créés tous les deux [Muhammad et Ali] »

À propos d’un hadith fabriqué : « Sans Fatima, Je ne vous aurais pas créés tous les deux [Muhammad et Ali]. »

Beaucoup d’entre nous ont souvent entendu – généralement à partir d’un minbar – une narration dans laquelle il est prétendu que Dieu dit au prophète Muhammad que si ça n’avait pas été pour Fatima, Il n’aurait pas créé à la fois Muhammad et Ali. De nombreux érudits et orateurs ont tenté de déduire de ce prétendu hadith qudsi diverses qualités uniques que dame Fatima possède et qui la rendent apte à être, en apparence, la cause finale de la création à la fois du Prophète Muhammad et de l’Imam Ali. Parallèlement à cela, certains ont tenté de l’interpréter de manière à ce que la narration n’affirme pas qu’elle est meilleure que ces deux-là car cela est considéré comme une hérésie claire.

Mais comme cela devrait être évident, offrir une interprétation quelconque ou déduire un jugement spécifique sur la base d’un hadith est conditionné à la démonstration de l’authenticité dudit hadith. Si nous avons des raisons de penser qu’un hadith est fabriqué, le citer comme preuve est à la fois interdit et éthiquement douteux. C’est particulièrement le cas ici car le hadith est attribué à Dieu. Le fait de ne pas se soucier de son authenticité montre également un étrange mépris pour la vérité, ce qui donne une mauvaise image de l’orateur qui façonnera l’esprit de son auditoire sur des questions dont il n’a pas de certitude à leurs propos, même ce serait-ce que vaguement.

Alors, pourquoi penser que le hadith est fabriqué ? Le hadith n’est rapporté dans aucun ouvrage ancien et la première fois qu’il apparaît avec une chaîne de transmission remonte au siècle dernier, dans un ouvrage persan intitulé Junnat al-ʿāṣimah écrit par un savant nommé Hassan Mirjahani (décédé en 1999). Dans cet ouvrage, il affirme avoir trouvé le hadith dans la bibliothèque d’un savant nommé Shaykh Muhammad al-Samawi.

Nous allons traduire ce que nous dit le juriste contemporain et grand savant Sayyid Shubayri Zanjani à propos de cet incident :

« Le hadith ‘law lāk’ mentionné dans Junnat al-ʿāsimah est un fabriqué. Le défunt Mirjahani a rapporté : ‘Je suis allé à la bibliothèque de Shaykh Muhammad al-Samawi, l’auteur de ‘Ibṣār al-ayn fī anṣār al-Husayn (as)’, et j’ai examiné les livres jusqu’à ce que je tombe sur un livre d’Ibn al-ʿArandis. »

Mirjahani a ensuite rapporté une chaîne de transmission provenant d’Ibn al-ʿArandis, et la falsification y est très évidente. Dans cette chaîne, Ibn al-ʿArandis transmet de personnes qui sont nées bien après lui. (Source : Jurʿa az daryā, d’al-Zanjani, 2:685)

Dans les notes de fin de page, al-Zanjani mentionne la chaîne de transmission qui se présente comme suit :

Ibn al-ʿArandis (mort en 840) ← al Shaykh Ibrāhīm b. al-Ḥasan al-Warrāq (mort environ en 910) ← al-Shaykh Ali b. Hilāl al-Jazāʾirī (mort environ en 910) ← al-Shaykh Aḥmad b. Fahd al-Ḥillī (mort en 841) ← al-Shaykh Zayn al-Dīn Ali b. al-Ḥasan al-Khāzin al-Hāʾirī (mort en 791) ← al-Shaykh Abū ʿAbd Allāh Muhammad b. Makkī al-Shahīd (mort en 786) ← avec sa voie connecté à Abū Jaʿfar Muhammad b. Ali b. Mūsā b. Bābawayh al-Qummī ← avec sa voie à Jābir b. Yazīd al-Juʿfī ← Jābir b. ʿAbd Allāh al-Anṣārī ← Le Prophète ⇓ Allāh.

Cela devrait être assez évident que la chaîne contient une absurdité. Ibn al-ʿArandis, qui est mort vers 840, aurait supposément rapporté des propos de quelqu’un qui vient après lui et qui est mort vers 910 ! Comment cela aurait-il été possible ?! Pour cette raison, Zanjani déclare à juste titre que cette chaîne est fabriquée.

De plus, Zanjani nous donne une autre raison d’être méfiant envers cette histoire. Il fait remarquer qu’al-Shaykh al-Samawi était extrêmement précautionneux et vigilant au sujet de sa bibliothèque en raison des manuscrits et des livres rares et précieux qu’il possédait. Il n’autorisait personne à entrer dans sa bibliothèque. Dans de rares occasions où il autorisait quelqu’un à utiliser sa bibliothèque, cela nécessitait un certain dépôt ou papier [en guise de gage] qui devait être donné à al-Samawi et cela ne permettait à la personne que d’utiliser un livre physique et non pas un manuscrit. De plus, le livre lui-même serait apporté par al-Samawi depuis son entrepôt pendant que la personne attendait à l’extérieur. Une fois qu’il avait fini avec le livre à l’extérieur, la personne le retournait et recevait son dépôt. Personne n’était autorisé à entrer dans l’endroit où ces livres et manuscrits étaient rangés.

Zanjani conclut en nous racontant qu’il a un jour dit à Sayyid ʿAbd al-Azīz Ṭabāṭabāʾī – le petit-fils de l’auteur d’al-Urwah al-Wuthqa – les genres d’histoires que Mirjahānī raconte sur le minbar, les décrivant comme incroyables, en particulier l’histoire du ḥadīth susmentionné. En réponse, Sayyid ʿAbd al-Azīz Ṭabāṭabāʾī a déclaré que cette histoire n’est pas possible et qu’al-Samawi n’a jamais accordé la permission à qui que ce soit d’entrer dans sa bibliothèque ! (Source : Ibid, 2:686)

Malheureusement, le mal était fait et il faudrait un miracle pour en annuler les effets. Une narration dont la chaîne est à la fois fabriqué et prétendument découverte seulement au siècle passée est maintenant célèbre et répandue, et des savants de différents niveaux la transmettent et présentent leur analyse de celle-ci. Les orateurs, bien sûr, écoutent ces savants et naturellement les suivent sans aucune conscience de ce qu’ils transmettent. Il est improbable que la découverte de ces faits dissuaderait beaucoup de ces orateurs. Ils pourraient argumentaient que nous n’avons pas besoin d’une chaîne authentique pour une telle narration et que son contenu est correct. Un groupe d’orateurs pourrait s’abstenir de transmettre cette narration à l’avenir s’ils découvraient ces faits. Mais vont-ils retirer ce qu’ils ont dit dans le passé et publier une explication pour que le public qui a entendu la narration et a supposé sa vérité ne soit plus trompé ? Cela reste très incertain.

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Auteur : Ali Jabbar
Article d’origine : On A Forged Hadith: If it weren’t for Fatima, I would not have created you two

2 commentaires

  1. Salam, votre analyse est complètement erronée, ce que vous dite remet en cause le cri de l’ange Gabriel ع dans le Royaume des Cieux « Par DIEU les piliers de la guidance ont été détruit »
    Après le martyr du Prince des croyant l’Imam Ali ع.
    Sachant que les piliers de la guidance sont trois et sont Muhammad ص, Ali et Fâtema ع.

    Notez que de plus en plus de récits de nos Ahl Al Bayt sont rejetés dès lors où il ne conviennent pas à nos attentes, et les infaillibles ع avaient mis en garde contre ces agissement à la fin des temps.

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