La nourriture de l’âme humaine : les éléments essentiels dans la vie de l’Homme

De Cheikhouna NDIAYE
Publié par le Centre Al-Kafil pour la culture et la communication internationale

Introduction

La vie est une vaste sphère incluant de nombreux et de divers êtres, et leur existence dans cette espace est temporelle tout en ayant des objectifs précis et déterminants leur raison d’être. Par conséquent, la valeur et l’importance de leur existence sont liées à la réalisation de leur objectifs : (la perfection et le bonheur), en dépit de leur ultime importance ils se distinguent de nature extrêmement difficile par rapport à leur concrétisation à cause de la présence de nombreux obstacles qui barrent la route de sorte que ces deux éléments deviennent quasiment inaccessibles. Toutefois, les obstacles sont surmontables si toutes les dispositions spirituelles et corporelles sont en conformité avec les exigences de l’âme, c’est-à-dire les éléments essentiels qui constituent sa nourriture quotidienne :
1- la foi.
2- la patience.
3- la certitude.
4- la dévotion
5- la justice

Alors, dans les pages suivantes, nous essayons de mettre en relief ces éléments, de même que leur influence positive sur la vie de l’homme, tout en s’appuyant sur une analyse portant sur certains versets coraniques et des paroles des Sages.

Premier élément (la foi)

En fait, l’ensemble des actes de l’homme se divise en deux parties : les actes qui entraînent son bonheur, et ceux qui entraînent son malheur, et les premiers lui facilitent à atteindre les objectifs liés à sa raison d’être, et les derniers le mènent à l’aberration et à l’égarement, ce qui veut dire que l’homme dispose les éléments qui incitent son bonheur ainsi que son malheur, nous en trouvons l’illustration dans l’une des paroles de l’Emir des croyants (as), Ali Ibn Abi Taleb : « ton remède est en toi, et tu ne le vois pas, et ta maladie est de toi, et tu ne la sens pas ». Par ailleurs, l’homme est un être doté de la force de distinction par rapport à la nature des choses, c’est-à-dire, il sait absolument la qualification de chacun de ses actes vu qu’il est alloué une radiophonie interne (la conscience) qui lui transmet la nature de ses actes, ainsi qu’il est accordé une autre grâce qui complète la précédente : la liberté de choix, étant donné que son choix ne porte sur aucun objet sans qu’il soit conscient de sa nature.

Alors, la question qui se pose s’agit pourquoi l’homme effectue-t-il des actes qui vont à l’encontre de son bonheur tout en étant conscient de ça ?! La réponse réside dans le mauvais usage de sa conscience dans la proportion où il ne prend pas en compte les discernements faits par cet appareil interne qui met en évidence la nature de chaque chose et de chaque acte. C’est qu’en effet, le bon usage de ce miraculeux instrument nécessite une autre force intérieure qui s’appelle ‘’la foi’’, car l’ensemble des actes qui font l’objet de refus par la conscience ce sont liés aux plaisirs et aux passions qui prennent en otage l’homme dénué de foi. En effet, cette force intérieure met à la disposition de l’homme la capacité nécessaire pour lutter contre les passions instinctives, et lui permet de suivre les préceptes de sa conscience.

Effectivement, la foi, telle que l’Islam la perçoit, réside dans le fait que tous les êtres sont des créatures du Tout-Puissant, et l’homme est choisi parmi eux pour porter le flambeau entant que Son représentant sur terre, et cette représentation est régie par des normes qui prennent la forme de prescription et de proscription, et l’ensemble des actes de ce représentant doit se reposer sur ces deux axes, de sorte qu’il mette les prescription en œuvre en évitant les proscriptions pour qu’il soit couronné de succès, c’est-à-dire avoir l’accès à la dune du bonheur, et vice-versa. En vérité, l’homme est alloué naturellement d’un sentiment nostalgique à l’égard du bonheur, et d’un sentiment de crainte par rapport au malheur. Donc due à cette foi, l’homme répond automatiquement à l’appel de sa nature : se soumettre aux ordres du fait d’être empreint de la nostalgie du bonheur, et s’abstenir des interdictions du fait de son sentiment de crainte portant sur le malheur. D’où, cette force ‘’la foi’’ soutient l’homme à résister devant les plaisirs instinctifs qui essayent à chaque instant à neutraliser ses facultés intellectuelles.

Deuxième élément (la patience)

L’homme est naturellement un être animal et spirituel à la fois, et chacun de ces deux dimensions dispose des exigences. Et la réussite et l’échec de l’homme sont conditionnés par la manière dont il répond aux exigences de ses deux aspects. Ainsi, il y a un conflit continuel entre ces deux dimensions, et le vainqueur prend toujours la direction des actes de l’homme.

En conséquence, pour que l’homme concrétise ses ultimes objectifs il doit être en disposition pour répondre à l’ensemble des exigences de la dimension spirituelle; et ceci se réalise si cette dimension domine la dimension animale constituée par les désirs instinctifs qui empêchent l’homme d’atteindre ses nobles objectifs. Mais, cette domination requiert une force psychologique appelée ‘’la patience’’, c’est-à-dire mettre l’instinct sous contrôle de la raison, en effet l’Emir des croyants (as) a dit sur ce propos : « il y a deux types de patiences : la patience par rapport à ce que tu veux, et la patience par rapport à ce qui tu détestes », au fait, cette maxime veut mettre en relief une réalité : le sujet de l’envie est toujours en conformité avec l’instinct et en contradiction avec la raison, et le sujet de l’aversion est toujours en harmonie avec la raison, et en opposition avec l’instinct, par exemple Dieu Le Tout-Puissant a dit dans le Saint Coran : « or, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose alors qu’elle vous est un bien. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est mauvaise », (02 :216).

Alors, cette puissance psychologique permet l’homme de contrôler l’ensemble de ses passions instinctives qui affectent l’efficacité de la raison, l’instrument qui sert à s’élever à la promotion et à la perfection, car toutes les pratiques qui mènent à l’aberration en allant à l’encontre du bonheur sont en contradiction avec la raison étant en accord avec l’instinct, entre autres l’hyperphagie, la cupidité, la voracité et la colère… En somme, quiconque veut nager perpétuellement dans l’océan du bonheur et de la quiétude il doit faire preuve de patience pour se mettre à l’abri de la colère, de l’avarice, de l’anarchie, et de la désobéissance, ainsi que de toutes leurs conséquences, car tous ces éléments sont dus au manque de résistance et d’endurance devant les soldats de l’impulsion immodérée, et cette attitude pousse l’homme à se comporter de façon similaire aux animaux. Ce qui fait que la patience constitue un moyen indispensable pour protéger l’homme des passions inconscientes et charnelles pour que son aspect intellectuel soit toujours en état de suprématie.

Troisième élément (la certitude)

Les actes de l’homme sont le reflet de sa pensée, de sa compréhension et de ses croyances. En d’autres termes, il y a une relation étroite entre la mode de pensée de l’homme et sa façon de faire, c’est-à-dire ses actes cristallisent ses pensées, sa compréhension et ses croyances.

Et pour que les actes de l’homme soient préservés de l’erreur, la lumière de la clairvoyance doit être allumée, et ceci requiert un usage idéal de la raison pour distinguer entre le bien et le mal, l’avantage et la nuisance vu qu’un tel usage le mène à « l’infaillibilité acquise » qui se reflète sur sa sagesse : mettre chaque chose à sa place. Due à cette attitude la certitude règne en maître, en conséquence son concept de vie se caractérise de la crédibilité dans la mesure où sa compréhension des choses et ses croyances sont dépourvues d’ambiguïté en raison de leur reflet sur ses actes, en générant des fruits appropriés à ses exigences spirituelles.

L’acquisition de cette qualité (la certitude) aide à se débarrasser du trouble et de la perplexité, en jouissant de la quiétude et de la sérénité. Et cet état de psychologie octroie l’homme une force supplémentaire pour contrôler l’ensemble des forces instinctives qui pourraient l’amener au fourvoiement. Parce que, l’aberrant s’expose toujours à l’agitation et l’angoisse du fait du conflit perpétuel qui oppose entre les soldats de l’intellect et ceux de l’instinct, puisque chaque camp s’efforce pour gagner la bataille dans le but de soumettre l’âme humaine à son contrôle. En outre, les actes dénués de la certitude, l’homme ne s’y sent pas à l’aise de porter son choix sur une méthode conforme avec la raison, puisque les pulsions essayent toujours de laisser leurs empreintes sur ses décisions. Dans ces conditions la mélancolie et le chagrin font leur sale besogne, parce que l’homme, devant chaque acte, sait très bien que les intuitions émises de sa conscience consiste en droit chemin, mais d’un autre côté ses tendances instinctives disent le contraire. Et l’homme dans un tel état psychologique la plupart du temps il penche vers l’instinct étant donné que les fruits du plaisir sont immédiats contrairement à ceux de l’intellect qui nécessite un certain temps avant qu’ils soient mûrs. Ainsi, l’homme relativement à sa nature préfère toujours les profits diligents que ceux de demain, en effet le Saint Coran dit : « L’homme a été créé prompt dans sa nature », (37 :21). Dans un autre verset : « L’homme appelle le mal comme il appelle le bien, car l’homme est très hâtif », (17 :11).

Ainsi, l’homme empreint de la nostalgie du bonheur doit tâcher à savourer le goût de la certitude, car cette dernière le met en posture d’être capable d’anéantir les tentations issues des impulsions détractrices, en le menant vers la connaissance par laquelle il aperçoit que la ligne directrice de la conscience et de l’intellect est remplie foisonnement d’intérêts et d’avantages en son faveur ici-bas et dans l’au-delà, et celle de l’instinct est envahie de la nuisance à son encontre, tellement qu’elle l’afflige en le séquestrant dans la sphère du malheur. En dépit de l’habillage en or des conseils et des orientations de l’instinct, si attractives, fascinantes et séduisantes, leurs fruits sont éphémères et temporels et en déclin graduellement avec le temps. Etant donné que l’existence conditionnée par le temps et l’espace est toujours moins valeureuse que celle qui franchit cette limite physique. Donc, quiconque jouit de cette grâce (certitude) nage dans l’océan de la quiétude, si doux et balsamique.

Quatrième élément (la dévotion)

La vie de l’homme est une opération de mouvement sous condition de la volonté et de l’objectif. En d’autres termes, la vie de l’homme se constitue de paroles et d’actions, et ces éléments de constitution sont conditionnés par la volonté et l’objectif ; si bien que la disproportion des valeurs de ces éléments est rattachée à la disparité de l’envergure de la volonté et de l’objectif qui constituent leur catalyseur. Dans ces conditions, l’élégance et l’excellence par rapport à la vie humaine s’appuient sur la nature des paroles et des actions, nous en trouvons l’illustration dans une maxime de l’Imam Ali (as) : « L’homme est mesuré par sa parole et est évalué par ses actions, dis donc ce qui a le plus de poids et fais ce qui a le plus de valeur ». C’est-à-dire l’homme se caractérise à travers ses dires et ses faits, et pour qu’il soit un être idéal il doit se mettre en posture d’être animé par une bonne volonté et une noble intention relativement à ses paroles et à ses actions de sorte qu’elles soient dénuées des souillures de la fourberie, de la tricherie et de l’imposture.

Ceci veut dire que les paroles et les actions ne seraient jamais en conformité ni en harmonie avec les valeurs morales si elles ne sont pas régies de bonne volonté et de noble intention. Mais ce statut se place sous contrôle de la dévotion, sans elle il n’y aura pas de bonne volonté encore moins de bonne intention. Alors, la dévotion est la moelle des mouvements de l’homme pour que sa vie ait du sens. Car les actions dépourvues de la dévotion deviennent pharisaïques, et cette attitude cherche toujours à étonner les gens pour faire l’important en gagnant leur confiance. Certes c’est un objectif facile à atteindre, mais ne dure qu’un lapse de temps, ensuite le pharisaïque se noie dans le malheur, puisque ce comportement penche toujours à l’amour de notoriété et du prestige, ce qui nécessite de se recourir à la factice… et cet état mène davantage à la vanité, à l’orgueil et à l’égoïsme… En réalité, tous ces comportements sont nocifs par rapport aux relations sociales, puisque l’auteur a toujours la folie des grandeurs, ce qui fait qu’il feint en prenant des apparences fausses telles que la compétence et la perfection… essayant de cristalliser cet état psychologique dans le monde réal, ce qui nécessite de s’efforcer en usant l’ensemble de ses forces psychologique et corporelle pour que ses sentiments soient en harmonie avec son apparence.

Dans une telle situation il commet tout le temps des erreurs dans la mesure où ses actions sont dénuées de la dévotion, voire le factice et la simulation qui les caractérisent, en conséquence il fera l’objet de blâme et de désapprobation. Dans ce cas, il constate qu’il y a une incompatibilité entre son monde intérieur et son monde extérieur, ainsi l’attitude des gens à son égard sera incompréhensible; il pense qu’ils font des envieux, c’est pourquoi ils ne sont pas en mesure pour voir ses capacités exceptionnelles (chimériques), et il a une mauvaise presse. Pourtant la réalité se révèle autrement, les gens le considère un faiseur de malin, et il est évident qu’une telle attitude n’a rien à envier à la démence.

En dépit de toutes ces conséquences néfastes issues de l’absence de la dévotion, le cauchemar du renard est loin d’être terminé, il finira par perdre toutes ses relations sociales basées sur le respect et l’affection étant donné que sa conception erronée de la réalité sème au fond de lui de la rancune et de la haine à l’encontre de ses semblables à cause de la chimère qui l’anime, si bien qu’il croit qu’ils l’ont à la caille, c’est pourquoi ils sont animés d’un sentiment de convoitise à l’égard de son don (illusoire). Ainsi, ce fantasme le mène à un coin obscur rempli d’angoisse, d’anxiété et de malheur. C’est la raison pour laquelle, la provision de l’homme désirant à demeurer dans la cité du bonheur doit être la dévotion pour pouvoir y rester plus longtemps que possible en anéantissant tous les conquérants.

Cinquième élément (la justice)

Toutes les créatures sont régies d’un système basé sur le principe libellé ‘’juste milieu’’, l’équilibre entre deux extrêmes, c’est-à-dire, l’intermédiaire entre l’excès et le défaut, tellement que l’être en dehors de cette règle fait l’objet de désordre et de chaos. Et cette règle naturelle met la vie d’une manière générale en posture d’une équation mathématique, et cette dernière consiste en une égalité incluant une ou plusieurs variables, et la résolution nécessite à déterminer les valeurs de la variable pour savoir l’authenticité de l’égalité. Et quelles que soient la nature de l’équation et la technique associée à son traitement conformément à sa nature requiert une méthode dénuée de l’excès et de défaut, c’est-à-dire une équilibre dans la démarche de résolution, sinon l’opération serait vouée à l’échec.

En ce sens, pour que cette règle s’applique scrupuleusement sur la vie de l’homme, ce dernier doit répondre correctement à deux questions majeures liées à son existence : en quoi l’ultime objectif dans la vie humaine consiste-il ? De quoi s’agit-il le moyen à utiliser pour y accéder ? En ce qui concerne la réponse à la première question consiste à arriver au stade de la perfection, et la seconde consiste en la justice, et cette dernière par rapport à la vie humaine prend trois formes :

1- l’homme avec soi-même.
2- l’homme avec son prochain.
3- l’homme avec son Seigneur.

– L’homme avec soi-même : l’homme est un être honoré tout en étant une préférence parmi pas mal de créatures, sous une forme parfaite, et nous en trouvons l’illustration dans le Saint Coran : « Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam, Nous les avons transportés sur terre et sur mer, leur avons attribué de bonnes choses comme nourriture, et Nous les avons nettement préférés à plusieurs de Nos créatures », (17 :70). « Nous avons certes créé l’homme dans la forme la plus parfaite* Ensuite, Nous l’avons ramené au niveau le plus bas* Sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres : ceux-là auront une récompense jamais interrompue », (95 :4,5,6). En dépit de toutes ces faveurs (l’honneur, la préférence, la perfection en terme de création) l’inverse est probable, toutefois la probabilité de cette vicissitude s’attache toujours à la volonté de l’homme : le maintien et le développement de ces dons divins se placent entre ses mains, de même qu’il est le responsable de leur rabaissement. Donc, pour que l’homme fasse preuve de justice avec soi-même, il doit tout d’abord faire montre de respect à l’égard des grâces accordées en sa faveur (l’honneur, la préférence, la perfection en terme de création), si bien qu’il ne serait point juste s’il ne respecte pas ses dons divins. Ceci constitue la première étape vers la perfection et le bonheur. En conséquence, on déduit que l’homme perdant de ses dons divins, par l’omission, se rabaissent au niveau le plus bas, celui des animaux, car l’honneur de l’homme réside dans sa faculté de distinction par rapport aux individus de même espèce que lui en tant qu’être animal. Et cette faculté s’agit de la ‘’raison’’ qui cristallise l’ensemble des grâces divines allouées à l’homme. De ce fait s’il omet cette faculté, il devient égale aux autres individus de la même espèce (espèce animale : être vivant hétérotrophe) vu qu’il n’y a point d’une distinction essentielle hormis le facteur corporel, voire plus bas qu’eux, en effet les animaux (le reste du monde animal des humains), répondent à leurs instincts librement sans aucun facteur naturel de régulation, à la différence de l’être humain qui jouit d’un système de régulation exceptionnel par rapport à ses instincts, et ce système se reflète sur sa ‘’raison’’, tellement que s’il ne l’utilise pas positivement il serait un instrument au service de ses instincts. Dans ce cas, il serait plus dangereux que les animaux, car il a à sa disposition un immense outil dont sa mise en service lui faciliterait à atteindre ses objectifs animés par des penchants instinctifs. Bref, l’accès de l’homme à la sphère de la perfection qui est la dune du bonheur reste dans le monde chimérique si sa faculté de distinction par rapport aux autres existants ne fonctionne pas correctement étant donné que cette faculté constitue l’échelle primordiale pour son ascension, c’est-à-dire le miroir de l’humanisme.

– L’homme avec son prochain : l’être humain est un animal social dans la proportion où sa vie s’attache à celle des autres. En conséquence, les conditions de sa vie individuelles et sociales se caractérisent de la nature de ses relations avec les autres individus de sa société. Car, la vie se base naturellement sur un système d’interaction entre des différents éléments ; et cette réalité établit un ordre de dépendance entre la qualité de la vie et le bon fonctionnement de l’interaction parmi les différents éléments qui sont nécessaires pour l’activité de la substance organisée. Et cette règle ne comporte pas des exceptions à l’égard de la vie de l’homme que ce soit sa vie individuelle en tant que tel ou sa vie sociale basée sur des relations interactionnelles avec les autres individus. Alors, le bon fonctionnement de ces relations requiert un élément libellé ‘’la justice’’. Et maintenant la question qui se pose s’agit comment peut-on mettre en pratique cet élément dans les relations entre les individus ? Tout d’abord l’être humain doit savoir qu’il y a deux points communs entre lui et l’autrui : le désir du bien conformément à l’intérêt personnel et l’aversion pour le mal et la lésion. Dans ces conditions, il est évident que la première étape de la mise en œuvre de la justice s’agit d’aimer pour l’autrui ce qu’on aime pour soi, et détester pour lui ce qu’on déteste pour soi. Dans ce cas, les cœurs seraient en conformité de sentiment, puisque l’antagonisme, la haine et la guerre résultent de la disparité des cœurs : une personne désire quelque chose conformément à son intérêt personnel au moment où la même chose constitue l’aversion de l’autre à cause de son caractère contradictoire à l’encontre de son intérêt. Et cette disparité génère graduellement une rivalité, car chacun des deux penchent à son intérêt personnel au détriment de l’autre, par conséquent la haine se développe davantage jusqu’à ce que la situation se termine par violence… effectivement la nature de l’homme exige la résistance et la défense au moment de danger, de même qu’elle exige de s’approcher de tout ce qui se trouve dans le cercle de ses intérêts. Et due à l’opposition de ces deux natures une force négative naît ‘’inimitié’’, puisque ce que l’un considère comme intérêt l’autre le considère comme danger. Et la contradiction de ses deux natures qui s’appliquent sur un même sujet découle de l’absence de la conformité de sentiment entre les cœurs, et ceci provient de l’omission portant sur les deux points communs entre les individus : (le désir du bien conformément à l’intérêt personnel et l’aversion pour le mal et la lésion). En fait, si cette réalité était prise en compte, il n’y aurait pas de l’inimitié entre les individus, parce que c’est un principe qui exige à aimer pour l’autrui ce qu’on aime pour soi et détester pour lui ce qu’on déteste pour soi. Et le fait de mise en œuvre ce principe, la société baigne dans le bonheur vu que l’individu est animé d’un amour réciproque vis-à-vis des autres étant donné que la nature de l’Homme l’invite à l’aimer celui qui l’aime et détester celui qui le déteste. Donc, la cohérence entre les cœurs est en parfaite concordance avec la nature de la vie basée sur le système de l’interaction, et ce système réclame une harmonie et un accord parmi ses différents éléments pour assurer le bon fonctionnement de la substance. Alors, à la suite de la première étape de la justice entre les individus on va évoquer la deuxième étape qui s’agit de la ‘’considération positive’’. En fait, la nature du traitement entre les individus se caractérise par la nature de la considération que les uns ont pour les autres, c’est-à-dire, celui qui est considéré comme une bonne personne son traitement serait différent au traitement de celui qui est considéré comme une mauvaise personne. Ainsi, cette considération doit être réciproquement positive (la confiance en l’autre), et ceci nécessite à savoir le standard essentiel de l’homme dans ses jugements qui constituent la moelle de la considération dont il a pour l’autrui : en réalité, ce standard s’agit des ‘’actes’’, c’est- à-dire il se réfère aux actes de l’autrui afin qu’il puisse donner un jugement portant sur la nature de sa personnalité, ce qui veut dire que la nature des actes de l’individu donnent l’image de sa personnalité. Par ailleurs, il y a une relation de subordination entre la considération positive et la façon dont on apprécie les actes de l’autre, de sorte qu’une telle considération nous exige de baser notre relation avec l’autre sur ses bonnes actions tout en essayant que son aspect négatif ne soit pas un facteur qui détermine le mode du traitement dont il devrait faire l’objet, puisque l’être humain naturellement n’est pas parfait encore moins infaillible, c’est-à- dire qu’il est un être exposé à l’erreur. Et l’erreur ou la justesse issues de lui s’attachent étroitement à sa personnalité, et cette dernière soumet à l’influence de trois facteurs très déterminants dans la vie de l’être humain :

– l’hérédité ou l’environnement familial.
– l’environnement social.
– l’école.

D’où, les gens sont différents à fonction du niveau de leur soumission à ces trois éléments. Et cette perception permet à comprendre que celui qui est sujet à l’erreur est une victime des facteurs qui forgent sa personnalité, dans ce cas il serait inutile de formuler des blâmes à l’encontre de l’autrui, surtout si on sait que l’erreur commise n’est pas issue d’un dessein délibéré. Mais, si l’erreur est le fruit d’une préméditation, on doit tout d’abord s’interroger : est-ce que j’ai commis quelque chose pareille dans le passé ? Et si la réponse est affirmative, je n’ai pas le droit d’adresser un blâme à lui, puisque j’ai eu droit à des excuses au moment où j’ai commis la même erreur, dans ces conditions la raison m’invite à chercher des excuses en faveur de l’autrui, comme l’Imam Jafar Al-Sadiq (as) disait : « Si quelque chose te parvient sur ton frère et que cela te paraît étrange alors trouve à ton frère des excuses jusqu’à 70 excuses ! Soit tu lui trouves une excuse ; soit dis-toi : peut-être a-t-il une excuse que je ne connais pas ». Mais, si tel n’est pas le cas, je n’ai commis aucune erreur similaire à la sienne, je dois me poser une question portant sur les motifs et les circonstances qui l’ont conduit d’avoir fait un pas de clerc, l’action est-elle due à l’ignorance ? si la réponse est affirmative serait absurde de formuler des blâmes à son encontre, puisque l’intelligence exige de faire preuve de compassion et de clémence à l’égard de l’ignorant, car l’ignorance s’égale à la pauvreté, et l’intellect et le savoir s’égalent à la richesse, en effet l’Imam Ali (as) dit : « Il n’y a pas de richesse plus grande que l’intelligence, ni de pauvreté plus grande que l’ignorance… », Et Il dit également : « la richesse par excellence est l’intelligence, et l’extrême pauvreté est la sottise ». En conséquence, l’homme qui jouit de l’intelligence est dans l’obligation morale, sociale et religieuse d’aider l’ignorant en le remettant sur le bon chemin par sagesse conformément à la méthode coranique : « Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon », (16 :125). « Allez vers Pharaon, il s’est vraiment rebellé* Puis, parlez-lui gentiment, peut-être se rappellera-t-il ou [Me] craindra-t-il ? », (20 :43,44). Donc, en aucun cas, les blâmes et les réprimandes ne sont pas efficaces. Alors, la mise en œuvre de cette méthode dans les relations sociales propage le spirit de sympathie, d’amour et d’amitié parmi les individus, ainsi la paix, la justice sociale et le bonheur règnent en maitre, car le système d’interaction, qui régit le fonctionnement des êtres vivants, requiert de l’harmonie parmi ses différents éléments pour que la performance attendue soit réalisée, et cette harmonie subordonne à la considération positive que l’un porte pour l’autre. C’est qu’en effet, l’être humain naturellement aspire aux honneurs tout en gagnant le respect de ses semblables. Et le sentiment de l’honneur anime son intérieur au moment où quelqu’un témoigne du respect à son endroit. Et cette atmosphère instaure le règne de sympathie, d’amour, et de paix. Car, l’âme humaine voue un certain amour à celui qui répond à ses aspirations et exigences. Et il est évident que cette âme est à la recherche perpétuelle de l’honneur et du respect, et quiconque lui accorde une aide à les retrouver, il gagnera, en retour, son amour.

– L’homme avec son Seigneur : l’être humain est une créature forgée par le Tout-Puissant qui lui accorde une multitude innombrable de faveurs durant tout son séjour dans cette sphère mondaine. D’un autre côté, la raison exige de faire preuve de reconnaissance à l’endroit du bienfaiteur. Cependant, il est obligatoire de connaitre le bienfaiteur qui est la source des grâces, sinon le témoignage de la reconnaissance ne serait pas possible, étant donné que cette reconnaissance est son droit le plus strict. Donc, la Justesse invite le profitant à s’acquitter de ce qu’il doit à son bienfaiteur. C’est pourquoi, la reconnaissance de l’être humain à l’égard de son Créature détermine sa justesse. En d’autres termes, l’être humain ne serait jamais dans le juste tant qu’il ne fasse pas preuve de reconnaissance envers son Seigneur, « Si Dieu vous accorde une grâce, soyez-en reconnaissants », aurait dit l’Imam Ali (as). Néanmoins, le piédestal de cette obligation s’agit de la connaissance portant sur le Tout-Puissant. Mais, la question qui se pose s’agit-elle comment peut-on avoir l’accès à cette connaissance sacrée ? En fait, cette connaissance est due à la connaissance de soi dans la mesure où si l’être humain ne connait pas parfaitement son essence, il ne pourra jamais connaitre son Seigneur, comme le hadith l’indique : « celui qui se connait soi-même connait son Seigneur ». Parce que l’être humain est le centre de l’univers « tu te prends pour un petit corps, alors que t’as en toi le grand univers», disait l’Imam Ali (as). En réalité, l’homme est un être de deux dimensions: une dimension spirituelle et une dimension corporelle, et chacun des deux dispose des droits et des exigences; ce qui fait que la première exige, conformément à ses droits, une protection contre les attaques et les tentations des penchants instinctifs qui visent toujours de le maîtriser en le mettant sous son contrôle de sorte qu’il ne soit plus capable de jouer son rôle de régulateur. En ce qui concerne la seconde, elle dispose sept droits conformément aux sept membre corporels, comme l’Imam Zeyn Al-Abidine les indiqua : « Le droit de ta personne sur toi-même c’est que tu te charges d’obéir totalement à Dieu et que tu respectes le droit de ta langue, le droit de tes oreilles, le droit de tes yeux, le droit de tes mains, le droit de tes pieds, le droit de ton ventre, le droit de tes parties génitales, et demande à Dieu qu’Il t’aide pour cela » (Epître sur les droits en Islam, l’Imam Zeyn al-Abidine) :

1- le droit de la langue : ‘’Le droit de ta langue c’est que tu évites les grossièretés par respect pour elle, que tu l’habitues aux bonnes paroles, que tu la rendes cultivées, que tu la laisses en repos sauf en cas de nécessité et d’utilité religieuse ou mondaine, que tu l’exemptes de toute parole inutile et de tout radotage dont on est pas à l’abri du mal qu’il pourrait apporter, et qui a peu de bénéfice. La langue dévoile le degré de raison et elle en est la preuve, et la valeur du sage est par sa raison et ses bonnes paroles’’ (Epître sur les droits en Islam, l’Imam Zeyn al-Abidine). En effet, l’Imam Ali (as) dit sur ce propos : « la langue du sage se trouve derrière son cœur [elle est contrôlée par l’examen attentif], et le cœur du sot se trouve derrière sa langue ».

2- le droit des oreilles : ‘’Le droit de tes oreilles c’est que tu les préserves en y ouvrant un chemin à ton cœur, qui enrichissent ton caractère par la morale, car les oreilles sont les portes du cœur, elles transmettent toutes sortes de pensées autant bonnes que mauvaises’’ (Epître sur les droits en Islam, l’Imam Zeyn al-Abidine)

3- le droit des yeux : ‘’Le droit de tes yeux c’est que tu les baisses devant ce qui t’est interdit, et que tu ne laisses pas traîner ton regard sauf pour prendre une leçon que ce soit en voyant ou en apprenant quelque chose, car la vue est la porte de la réflexion et du savoir’’ (Epître sur les droits en Islam, l’Imam Zeyn al-Abidine).

4- Le droit des mains : ‘’Le droit de tes mains c’est que tu ne les tendes pas vers ce qui t’est interdit (car tu ne pourrais obtenir par cela que le châtiment dans l’autre monde et les reproches des gens dans ce monde), et que tu ne les fermes pas lorsque Dieu t’ordonne de les ouvrir, et que tu les respectes en les fermant absolument devant ce qui est interdit… Si elles sont utilisées avec raison et respect dans ce monde, elles seront obligatoirement récompensées dans l’au-delà’’ (Epître sur les droits en Islam, l’Imam Zeyn al-Abidine).

5- Le droit des pieds : ‘’Le droit de tes pieds c’est que tu ne marches pas vers ce qui t’est interdit, et que tu ne les entraînes pas vers une voie qui te conduirait à la bassesse, car les pieds doivent t’amener vers le succès et le progrès’ (Epître sur les droits en Islam, l’Imam Zeyn al-Abidine).

6- Le droit du ventre : Le droit de ton ventre c’est que tu n’en fasses pas un récipient de ce qui est illicite, et que tu lui donnes ce qui est licite à sa mesure, et que tu ne deviennes pas gourmand et inhumain en désirant te fortifier, que tu te contrôles au moment de la faim ou de la soif, car le fait d’être repu excessivement conduit à la fainéantise et à la paresse…’’ (Epître sur les droits en Islam, l’Imam Zeyn al-Abidine).

7- le droit des parties génitales : Le droit de des parties génitales s’agit de s’abstenir de la fornication, et de satisfaire la libido licitement et moralement (de manière adéquate à l’honneur humain pour rester dans le cercle des humains).

Ceci constitue les droits fondamentaux des membres corporels de l’homme. C’est qu’en effet, ces membres ce sont les instruments mis à la disposition de l’homme pour l’exécution de ses actions. Si bien que, les actions ce sont le piédestal de la réalisation de l’objectif ultime de l’homme (connaitre son Seigneur), dans la mesure où elles sont en posture d’être le catalyseur qui rythme l’opération qui mène au succès (à l’objectif). Mais, cela nécessite de prendre l’engagement de mettre en œuvre les droits des membres corporelles qui sont les socles de toute action quel que soit sa nature et sa fin. En d’autres termes, sans le respect de ces droits, toute l’action humaine sera vouée à l’échec. Par ailleurs, le respect de ces droits s’avère une marque de reconnaissance à l’endroit du Tout-Puissant.

Puisque, tous ces membres constituent une sorte de consignation divine au profit de l’homme, ce qui fait que l’homme doit en faire preuve de l’honnêteté et de loyauté. Et les pratiques du loyal se soumettent entièrement à la volonté du propriétaire de la consignation et non pas à la sienne. En conséquence, la notice de cette consignation (les sept membres) conformément à la volonté divine est en parfaite harmonie avec ces droits.

Enfin, celui qui applique à la lettre la guide pratique -conçue par le Propriétaire Absolu- de cette consignation est dans le juste. Et cette justesse se traduit en amour, amitié, et connexité divine en faveur du loyal. Et cette relation étroite avec la Divinité consiste en un pont direct au sommet des objectifs qui s’agit de la ‘’connaissance de Dieu’’. Et ce stade définit le rôle décisif de l’homme dans sa vie, étant donné qu’il est créé pour un seul et unique objectif (l’adoration de son Seigneur), comme le hadith révélé directement de l’Ange Gabriel (as) nous l’indique : « Ô Mohammad ! Le Prééminent Suprême adresse un Salut à Toi, en disant : Je fus un Trésor dérobé, et je voulus d’être connu, alors Je créai les créatures pour qu’ils me connaissent, donc quiconque me connait, il M’adore et M’obéit, et quiconque M’ignore, il M’abjure et Me désobéit ».

Conclusion

En somme, ceux-ci sont les éléments nécessaires dans la vie de l’homme, et qui constituent sa nourriture spirituelle durant toute son existence terrestre. Car, le chemin dont l’homme doit parcourir est une sphère obscure étant remplie de toute sorte de danger qui pourrait le conduire à un échec lamentable. Dans ces conditions, il a besoin des armes, de provision et de lumière afin de se mettre à l’abri des difficultés et des obstacles dispersées sur tout au long de son chemin. C’est pourquoi, ces éléments sont le support idéal et indispensable pour franchir ce trajet dans le but d’accéder à la cime (la perfection).

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