Qui sont les chiites de France et Belgique et combien sont-ils ?

Qui sont les musulmans chiites de France et Belgique ? De quelles origines sont-ils ? Quelle est leur nombre ?

Des questions qui sont importantes pour évaluer la place du chiisme en Europe occidentale mais dont les réponses ne sont pas évidentes car il n’existe pas de recensement ou statistique officiel permettant de s’avancer sur un sujet comme celui-ci. Ces derniers sont même interdits en France par la Loi, surtout s’ils sont de type ethnique ou religieux.

Ceci dit, plusieurs indicateurs – tels que les vagues d’immigrations ou la présence d’activités, mosquées et centres –  peuvent nous aider à établir certaines estimations.

En France

En France, les chiites compteraient selon les estimations entre 150 000 et 250 000 individus. Il y a une concentration significative à Paris mais on les retrouve également dans les grandes villes de la métropole comme Lille ou Lyon. Le reste des chiites sont dispersés dans les différents départements, d’où le fait que les chiites français eux-mêmes ont tendance à sous-estimer leur nombre. Certains ne rencontrent que peu de coreligionnaires, si ce n’est par Internet.

Ainsi, les chiites en France composeraient entre 3 et 5 % des musulmans de France.

Une bonne partie de ces chiites viennent de l’immigration de pays à majorité chiite ou avec une grande communauté chiite tels que le Liban, l’Irak, l’Iran, l’Inde, le Pakistan et l’Afghanistan.

L’autre partie des chiites du pays sont d’origine maghrébine (surtout algériens) ou des français de souche qui ont décidé de se convertir au chiisme imamite duodécimain. Les français et européens de souche convertis au chiisme restent assez peu nombreux car le sunnisme, de par le nombre de ses fidèles, monopolise la représentation de l’islam. S’informer sur l’islam dans les librairies ou Internet devient synonyme de s’informer sur le sunnisme. Par conséquent, quand un européen se convertit, c’est souvent au sunnisme.  Mais des exceptions existent ! De plus, certains peuvent continuer la quête de la recherche de la vérité et se convertir à l’islam chiite après avoir passé des années dans le sunnisme.

D’autre part, avec la révolution islamique iranienne de 1979, il y a eu un grand intérêt et une certaine curiosité envers le chiisme qui a vu naître des milliers de convertis chiites en France d’origine maghrébine et donc d’anciens sunnites malékites. Ce phénomène s’est poursuivi dans les décennies suivantes mais dans une moindre mesure et avec connotation moins politique, détachée de l’actualité.

Dans l’île de La Réunion ou à Mayotte, on retrouve surtout des communautés chiites indiennes (tels que les Khojas) qui se sont installés dans ces îles depuis des décennies avant les deux guerres mondiales pour le commerce.

Les chiites en France jouissent d’une bonne liberté religieuse et ont leurs propres lieux de culte. Bien sur, ils sont tout de même affectés par les lois islamophobes comme l’interdiction du voile. Cependant, les seuls problèmes spécifiquement chiitophobes que les chiites rencontrent en France viennent de la part de certains sunnites extrémistes, surtout les wahhabites et d’autres influencés par ces derniers, qui incitent à la haine contre les chiites et s’attaquent continuellement à leur foi. Ces mêmes personnes qui pleurent l’islamophobie en France exaltent parallèlement une chiitophobie sans limites.

En Belgique

Contrairement à la France, la Belgique est un petit pays. Et contrairement à la République où ils sont dispersés, le Royaume de Belgique voit ses chiites se concentrer dans la capitale Bruxelles et dans une moindre mesure au Nord en Flandre dans la ville d’Anvers.

C’est pour cette raison qu’il n’est pas rare que les chiites belges expriment le sentiment d’être beaucoup plus nombreux que leurs coreligionnaires français. La vérité est toute autre. En effet, les chiites en Belgique sont estimés entre 30 000 et 50 000 individus, soit entre 4 et 7% de la totalité des musulmans du pays.

La spécificité des chiites belges est le grand nombre de convertis d’origine marocaine. En effet, la moitié des chiites de Belgique sont des marocains convertis après la révolution iranienne dans le même processus qu’en France. Il y a donc aussi de plus récentes conversions beaucoup moins liées à l’actualité.

L’autre moitié des chiites belges viennent de l’immigration du Liban, Turquie, l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan.

Le fait que les chiites soient regroupés à Bruxelles représentent un avantage que les chiites français n’ont pas. Cette concentration dans la capitale forme une sorte de puissance communautaire. Il y a, par exemple, à Bruxelles une quinzaine de mosquées, centres et librairies chiites.

En Mars 2012, les chiites bruxellois ont fait l’actualité dans les quatre coins du monde. Un sunnite extrémiste s’est introduit dans la mosquée Reda, la plus connue de la ville, et y a menacé les quelques personnes présentes avec une hache avant d’allumer le feu dans le lieu de culte. L’imam de la mosquée qui était d’origine marocaine, le martyr Sheikh Abdallah Dahdouh (rah), décède alors par suffocation.

Le choc est total et résonne partout en Europe. C’était la première fois qu’un chiite se faisait tuer pour sa confession dans le vieux continent. Sheikh Abdallah Dahdouh était très aimé, en plus d’avoir été l’un des rares savants qui donnaient des cours en français à l’époque.

Depuis, les chiites continuent à vivre normalement dans le pays mais il y persiste un sentiment de menaces dans une ville remplie de wahhabites dans certains quartiers.

Quant à Anvers, les Afghans, Iraniens et Irakiens sont les plus grandes communautés de la ville qui abrite 3 ou grands centres chiites.

Sheikh Abdellah Dahdouh

Auteur : Samir Mohalel

2 commentaires

  1. En belgique il y a une très grosse concentration de chiites, et également beaucoup de convertis comme l’ancienne chef de l’exécutif des musulmans de belgique qui était une convertie à l’islam des Ahlul bayt.
    En france malheureusement c’est très éparpillé du coup on a pas cette impression de communauté contrairement en Belgique ou certaines communes sont même connues pour êtres des communes à grosse concentration de chiites comme Anderlecht par exemple ou molenbeek en partie.

  2. Contrairement à ce que vous indiquez dans votre article, les chiites de France ne jouissent pas globalement d’une juste liberté religieuse. Nombreux sont les cas de refus de nationalité ou d’autorisation administrative pour les lieux de culte.

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