Le chiisme et les chiites en Afrique du Nord ne sont pas récents !

La multiplication du nombre des chiites au Maghreb n’est ni paradoxale ni récente. Car les chiites avaient bel et bien régné au nord de l’Afrique. L’arrivée d’Idriss Ier dans l’actuel Maroc serait à l’origine de l’introduction du chiisme au Maghreb. Il fonda le royaume Idrisside en 789, et lui choisit pour religion principale le chiisme Zaydite qui était, en même temps sa religion.

Le règne des Idrissides finit en 985, laissant place aux Fatimides qui étaient, eux aussi, chiites mais ismaéliens. Le royaume Fatimide est historiquement connu comme le plus grand règne chiite. Ubayd-Allah Al Mahdi était le premier sultan Fatimide. Il était emprisonné par le Calife de Sijilmassa, et libéré par le Da’i yéménite Abu Abdallah Achi’i qui propageait le chiisme ismaélien dans l’actuelle Kabylie. Depuis sa création en 909 jusqu’à 969, les Obaydites (Fatimides) dominaient uniquement l’Ifriqya (actuellement constituée de 3 pays qui sont : l’Algérie, la Tunisie et la Libye) et une partie de l’est marocain. Durant cette période, leur capitale était la ville de Mahdiyya au Sahel Tunisien.

Le général Jawhar Ibn Abdallah Al Siqili, en 969, conquit l’Égypte sur ordre du Calife Al-Mu’iz, déclarant ainsi le début dune nouvelle phase de l’histoire des Fatimides. Il y bâtit la ville du Caire, Al Qahira, qui devint leur capitale, tandis que les Zirides, vassaux des Fatimides (mais ils se déclareront indépendants en 1048 jusqu’à leur défaite en 1148), gouvernaient en Ifriqya. Cette période qu’aie connu le pouvoir Obaydite était « brillante ». D’un coté, ils étendirent leurs conquêtes jusqu’à la Syrie, Malte, Sicile, et l’Italie Méridionale. Les postes à responsabilité n’étaient pas réservés à ceux qui appartenaient à une tribu, une ethnie, une religion bien précise, mais aux personnes compétentes.

Les monuments du Caire témoignent de la grandeur de la dynastie Fatimide : la mosquée d’Al-Hakim, une maison de sagesse où les savants traduisaient et débattaient les livres hellénistiques, et même la mosquée Al-Azhar. Pendant le sultanat d’al-Hakim, selon l’historien Al-Miqrizi, la situation économique et sociale s’était détériorée. Une famine aurait sévi le royaume selon Al-Rissalat Al-Waa’iza du Da’i Ismaélien Hamid Al-Din Kirmani. Cette période critique serait le début du déclin des Fatimides. En 1060, leur royaume se réduisit à l’Égypte seule.

En 1098, ils vainquirent les Turcs et s’emparèrent de Jérusalem que les Premiers Croisés prirent une année après. En 1153, Ascalon demeura la seule ville palestinienne que dominent les Fatimides. Le décès du dernier Calife Fatimide, Al-Adid, en 1171, poussa Saladin à annexer le Califat à celui de Bagdad. Ainsi fut, alors, la fin du royaume Fatimide qui propagea le Chiisme au nord de l’Afrique. Et si ces régions sont, aujourd’hui, de majorité sunnite, ce n’est que parce que plusieurs dynasties sunnites s’y sont longtemps installées.

 

Imane Ayadi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *